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Titre : La Nuit du sacre
Auteur : Thierry Berlanda
Editeur : NL Edition
Année : 2016

 

 

 

 

 

 

 

De quoi ça parle ?

Le Prince Akhavan veut plus que jamais redevenir l’enfant royal au destin brisé qu’il est resté au fond de lui. Or pour abolir la malédiction qui le frappe et renouer avec le destin glorieux de ses ancêtres, il lui faut trouver une mère digne de lui, et renaître dans son ventre. C’est ce but démentiel que Jeanne Lumet, dominant ses peurs, parvient depuis trois ans à contrecarrer. Or la guerre sans merci qu’elle lui mène n’aura-t-elle finalement servi qu’à prouver au Prince que la mère qu’il recherche n’est autre qu’elle-même ?

Au moment où s’ouvre le spectaculaire procès Chodet, la meurtrière de la directrice de l’établissement spécialisé d’où le Prince s’était évadé, sur quels alliés Jeanne peut-elle compter ? Sur l’ex-commandant Falier rongé par la maladie ? Sur Paul, son ex toujours aussi peu fiable ? Sur Lartigue, le tout nouveau chef de section de la PJ ?

Sur Nicolas Doliguant, le brillant avocat amoureux d’elle ? Sur l’équivoque et manipulateur professeur Bareuil ? L’un d’entre eux parviendra-t-il à éviter l’accomplissement du rite atroce de la résurrection du Prince ?

Jeanne devra-t-elle finalement ne compter que sur la force extraordinaire qui grandit en elle dans les situations d’extrême détresse ?

 

Mon avis.

Je tenais à remercier Thierry de m’avoir offert son livre lors de notre seconde rencontre.

Je suis heureuse de replonger dans la sombre histoire du Prince pour son dernier coup d’éclat.

Si vous vous souvenez du tome précédent La Fureur du Prince, Francis Akhavan, dit Le Prince, s’est échappé de l’unité psychiatrique Paul Guiraud à Villejuif, semant la terreur dans toute la région. Lors de sa confrontation à Verrières-le-Buisson avec Jeanne, Falier et la gendarmerie, ce dernier a vu en Jeanne la mère divine, celle qui le ferait renaître. Puis, il a de nouveau pris la fuite.

Le roman nous entraîne dans trois directions : le procès de Chodet qui s’ouvre pour le meurtre de sa supérieure, la chef de l’unité psychiatrique Turner, le retour du Prince après une longue absence et le combat de Jeanne pour prouver aux yeux du monde que le grand et respecté professeur Bareuil n’est pas innocent dans l’évasion du prisonnier le plus craint de France.

Que dire de l’histoire ? Finement menée comme à son habitude, l’auteur nous livre un final qui répond à toutes les questions latentes qui se posaient à nous à la fin du second opus. Thierry Berlanda sait où il va et où il veut nous emmener. Et même si parfois, je me suis demandé comment il allait se sortir de situations inextricables, notamment vis-à-vis de Bareuil, j’ai été chaque fois forcée de constater que tout se tenait.

On retrouve tous les personnages rencontrés au sein des deux premiers opus. Que penser des d’eux ?

Falier, l’inspecteur qu’on rencontre et suit dans le premier tome de la trilogie, est au plus mal dans La Nuit du Sacre. Atteint de cancer, on le revoit beaucoup moins souvent dans cet opus où il passe son temps à l’hôpital. Néanmoins, il est le pilier de Jeanne, moralement, à défaut de l’être physiquement.

Le Prince est au sommet de sa démence, persuadé que Jeanne est la Mère à travers laquelle il doit se réincarner et renaître. Sa première vie ayant été gâchée par une femme qu’il considère comme une catin, il est prêt à tout pour célébrer son sacre, à renaître comme l’enfant ultime du roi d’Iran.

Et si pour cela, il doit tuer à nouveau, il est prêt à éliminer quiconque se mettra en travers de son chemin. Entre l’homme et l’enfant, Le Prince, est un personnage peu présent physiquement mais au cœur de tous les sujets.

Il n’a pas besoin d’être là pour qu’on ressente sa folie et sa prestance.

Jeanne, l’héroïne névrosée, professeur à la Sorbonne que l’on suit depuis L’insigne du Boiteux, s’enfonce un peu plus dans ses lubies et terreurs depuis sa terrible confrontation avec le Prince.

Si jusqu’à maintenant, elle contenait sa peur pour elle, l’héroïne entraine avec elle Léo, son jeune fils, qu’elle étouffe.

Elle tente néanmoins à côté de reprendre un semblant de vie normale, celle qu’elle avait avant d’être prise à partie dans cette terrible affaire. Persuadée que Bareuil a une énorme part de responsabilité dans l’évasion du Prince, elle ne peut néanmoins aucunement le prouver. Elle vit dans la peur, transformant son appartement en sanctuaire impénétrable.

C’est un personnage extrêmement complexe et curieux. Elle est à la fois fragile et forte, peureuse et capable de se mettre au premier plan quand le danger rôde. Finalement, ce que le Prince voit en elle n’est pas totalement dénué de bon sens. Au final, Jeanne est la Mère. Celle qui a peur pour son petit mais qui affronte tous les dangers pour lui, au détriment de sa sécurité.

Et enfin Bareuil. Bareuil sur qui j’ai des soupçons depuis le premier tome. Je suis certaine que l’auteur s’est bien amusé avec ce personnage. Telle une anguille, il se faufile à travers les doigts de ses accusateurs. Comme Jeanne, je le savais coupable sans pouvoir vraiment donner de preuve. Il a réponse à tout, ce qui peut le faire paraître aux yeux de ses interlocuteurs comme un être insupportable et dédaigneux. Son cynisme et son estime de lui dépassent tout ce qu’on pouvait imaginer.

Il est certain que quoi qu’il puisse faire, il s’en sortira. Je le trouve encore plus sombre et torturé que dans les deux premiers livres. Plus empli de rancœur aussi. Et c’est un personnage comme Doliguant qui mettra en lumière la réelle personnalité de Bareuil tout en nuances. Car derrière cet être intelligent se trouve aussi un homme blessé.

Au final, qu’ai-je pensé de La Nuit du Sacre ?

Pour citer les deux petits éléments qui m’ont gêné, je parlerais d’abord du personnage de Falier. Outre son rôle de soutien moral pour Jeanne, sa présence est tellement diluée qu’il aurait pu ne pas réellement apparaître dans le cours de l’histoire. Ceci-dit, fidèle à son habitude, il a deux trains de retard.

L’autre chose qui m’a un peu « déçue » c’est le sacrement du Prince. C’est un peu le moment que l’on attend depuis le début et je trouve que ce passage est un peu rapide. Je m’attendais à un processus plus long, qui aille plus loin. J’aurais voulu me dire « Oh mon dieu ! Ils ont été sauvés de justesse ! » Ce passage ne m’a pas assez fait frissonner. Bien sûr, c’est un avis tout à fait personnel, sûrement dû à mon goût prononcé pour le danger.

Malgré tout, je me suis régalée de cette lecture. C’est une parfaite continuité des deux précédentes. Il faudrait que je lise les trois coups sur coups pour y déceler les subtilités, ce que je ferais assurément. J’ai adoré l’ensemble de la saga du Prince. C’est un bon thriller, bien mené, qui donne suffisamment de frisson et d’émotion. On s’imprègne des personnages, de leur part d’ombre et de leur lumière, de leur peur et leur espoir.

Je ne peux que conseiller cette trilogie. J’ai été séduite dès la sortie de L’insigne du Boiteux et ce sentiment ne m’a pas quitté jusqu’à La Nuit du Sacre.